Entre ciel & terre

 

Un récit avec du sucre et beaucoup d'épices. 

 

Comment aimer jusqu'au ciel sur cette terre ? 

 

 

 

 

Cet été, la chaleur est écrasante.

Dans cet hôtel, pas de clim. Rien à faire.

 

Seules les douches fraîches à répétition nous font oublier qu’on étouffe. A peine le temps de sentir ces gouttes fraîches se déposer sur ma peau, qu’elles disparaissent sans avoir ruisselé. La canicule ne laisse aucune chance à ces perles bienfaisantes pour continuer leur course sur mon corps, comme le tien. L’air ardent efface toute trace de fraîcheur, pour, l’instant suivant, se mettre à faire perler nos sueurs.

Tu es à nouveau moite toi aussi, même près de la fenêtre ouverte qui ne rafraîchit que tes pensées. En te regardant, je souris : je remercie la chaleur de te déshabiller ainsi. Je ne te connais qu’en costume, ou nu. Cette fois tu es nu, grâce au ciel.

 

Même s’il se fait tard et que la nuit tombe, il faut encore un peu de temps avant que la température ne redevienne supportable.

Imaginer les embruns des vagues plus loin, m’apaise. J’ai envie d’y retourner.

- La plage doit être déserte à cette heure-ci, tu viens avec moi ?

Quelques pas depuis l’hôtel et nous voilà déjà sur le sable fin et attiédi. Il nous épargne enfin les quelques brûlures dont il est capable en après-midi.

 

Il n’y a personne. La plage est déserte, de ce côté. On entend seulement le bruit des vagues.

En s’approchant de la mer, on devine l’écume qui s’amoncelle à peine avant de s’échouer et de crépiter sur la plage.  Il fait sombre, nous avançons vers l’horizon. Nos pas cessent de s’enfoncer et se rafraîchissent au contact du sable, de plus en plus compact et humide.

Nous ne portons rien, rien dans nos mains, ni même sur nous. Aucune serviette, elle serait inutile. Même à cette heure-ci, il suffira de sortir de l’eau, marcher quelques minutes avant de se retrouver séchés par la chaleur nocturne.

 

Tu ne portes que ton caleçon et moi seulement un voile de coton, mi-long, par-dessus mon maillot. Une robe de plage, fluette, sans autre forme que celles qu’elle épouse dessous.

Ta voix :

- Tu te déshabillerais pour moi ? Je te veux nue.

Je quitte tout.

 

Pas sûre de retrouver mes vêtements, ni même l’endroit où je viens de les déposer. Je les laisse, je te suis. Alors que je fixe l’horizon et tente de trouver quelques repères, j’entends ton caleçon glisser sur tes cuisses. Pas besoin de te regarder.

 

Tout est beau maintenant. 

 

La pointe de mon pied goûte rapidement l’eau qui est très tiède. J’entre dans un bain, le nôtre.

 

Je glisse et m’enfonce lentement dans l’eau qui danse à peine. Quelques vagues brassent cette masse noire, fluide et salée. Seuls quelques reflets argentés valsent et dessinent les flots. Tu me suis. Nos corps progressent dans l’eau et fendent l’air comme la mer.

 

Alors que nous sommes quasi immergés, ta main enlace ma taille, me brasse et me tire à toi. Mon corps épouse le tien, comme si l’eau disparaissait entre nous. Il n’y a plus que toi contre moi.  La mer et le reste du monde nous entourent.

 

Assise et légère comme une plume, mes jambes enlacent ta taille. Les chairs de nos sexes s’épousent. La douceur de ton membre, de ta peau, le fluide de cette eau m’enivrent. Je t’embrasse. Ta langue, ton membre, l’eau et l’air tièdes se mêlent en une seule et même enveloppe qui m’étreint, me caresse et me baise. Je glisse ta queue en moi. Tu me presses, me serres, maintiens mes fesses fermement. Tu les fais aller et venir sur toi. Je goûte ta bouche et ton cou. Tes doigts parcourent mon dos et ma colonne jusqu’à mes fesses. Pendant que tu me baises, tes doigts pénètrent mon cul. Tu joues, me pénètres encore et m’écartes. Les obscénités que tu mêles au son des vagues, me ravagent.  Je le crie. Je gémis l’orgasme que tu es en train de faire monter.

 

Au loin, les lueurs qui éclairent la promenade en bord de plage, découpent deux silhouettes immobiles, qui se figent et se font silencieuses. Je les crois curieuses de nos étreintes, envieuses même. Je ne sais pas ce que perçoivent ces gens restés sur le rivage, mais ils n’ont pas idée de ce que je suis en train de te faire. Ma langue déguste le sel de ta bouche, je veux l’iode de ton fluide.

 

Nos corps nus sont sous cette eau, si salée que jamais elle n’étancherait nos soifs. Les vagues te bercent. Moi, je t’enveloppe et te caresse. L’eau me confond moi, mes envies et les mêlent aux tiennes.

 

Les reflets métalliques glissent sur l’eau et allument par éclats tes contours qui émergent. Je te vois, fils de la mer et de la lune. Et moi, à toi. Rien ne nous sépare du monde ni de personne : Tu me baises sous la lune, sous les yeux aveugles de ces silhouettes restées au loin. J’ai envie de toi, il n’y pas d’endroit pour ça.

 

Quelques heures plus tard, de retour à l’hôtel, nous constatons que la chaleur envahit toujours la chambre. Elle embaume la pièce de ses effluves chaudes et marines. Il fait si chaud, que les fenêtres restent ouvertes toute la nuit sur le bourdonnement des ruelles, qui atteint à peine le dernier étage de l’immeuble où nous sommes.

 

Assise sur le bord de la fenêtre ouverte, je te fais face et te souris. Je quitte le voile de coton. Il glisse, léger, sur mes jambes nues et chute sur les quelques grains de sable qui couvrent encore mes pieds. Assis sur le lit, tu me regardes faire.

 

Tu es surpris, lorsque je t’invite à me rejoindre au bord du vide.

 

Une fois devant moi, j’enlace tes hanches contre mon sexe. A nouveau, une masse sombre aux reflets argentés nous entoure : la nuit noire, pleine d’étoiles. Elle nous enveloppe, sans nous retenir. Alors que tu me pénètres, je me sens basculer vers le vide. Je me lâche et ne tiens plus qu’à toi.

 

Envoie-moi en l’air.

 

J’ai envie que tu bascules, ivre, toi aussi. Je te montre ce que tu fais entre mes cuisses, tout en commentant, excitée. Je mouille sur ton membre si raide et sur tes allers et venues tantôt lentes et douces, tantôt brutales et profondes. Tu joues de nos envies. Elles flirtent avec le vide.  

 

Nous sommes en train de survivre à une chute mortelle, on la baise. La toute-puissance se mêle à nos rires, lorsque nous reconnaissons le tissu vaporeux de ma robe, en train de flotter dans les airs. Quelques notes de nos étreintes dansent dans l’air tiède : elles se font aussi légères que nous, comme suspendues, avant de chuter lentement sur le trottoir éclairé, près de l’hôtel.

 

Entre nos rires et nos orgasmes, je jouis tellement que je ne sais plus combien de fois j’ai déjà dit ton prénom.  Plus que de raison.  Je n’ai que toi à la bouche, pendant que tu me baises, que tu me retournes sur le rebord de la fenêtre, puis aussi lorsque tu m’extirpes du sommeil pour me prendre à même le sol, durant la nuit.

 

Je peux tout te demander. Toi aussi tu veux tout. Je ne te demande que ce que tu veux. Tu aimes tant me goûter, me dévorer et me pénétrer de mille façons qu’on ne sait que se dire oui.

  

Notre chambre est au dernier étage, au 6ème je crois.  Personne au-dessus de nous. Si près du ciel, qu’ici je peux t’aimer comme il n’est pas permis de le faire sur cette terre.

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