Quand offrir est un plaisir...
Un grand lit de blanc vêtu. Du lin clair sur une gaze de coton opaline avec, en guise de couvre-lit, le blanc laiteux d’une couverture épaisse et duveteuse.
À son pied, un fauteuil club en cuir. Un cuir aux rides saillantes qui luisent comme de l’eau. Des reflets bruns aux éclats dorés bordent l’assise dont je reconnais l’empreinte.
Plus loin, le feu. Dans la pénombre, des dizaines de petites flammes chahutent l’air qui emplit ma poitrine d’une infinie douceur. Elles dansent et je brûle pour celui que j’espère d’un instant à l’autre.
Je ferme les yeux avant de les ouvrir à nouveau. Mon homme apparaît, ses yeux dans les miens ; la plus belle des complicités amoureuses.
Il prend place, époux de l’empreinte laissée sur le fauteuil. Le cuir crisse, et sa main glisse sur l’un des accoudoirs que mon envie dévore. Je suis jalouse. Envieuse du contact de cette peau effleurée par la sienne.
Étendue et dévêtue sur le lit, face à lui, je reste silencieuse.
Rendez-vous tacite du jour : faire l’amour.
Mon sourire se grise à mesure que l’une de mes mains nonchalantes joue à l’innocente. Est-ce que je me caresse ? Ou est-ce le parcours anodin de ma main qui gagne mes cheveux depuis mon ventre ? Cela ne devrait-il pas être l’inverse d’ailleurs : de mes cheveux jusqu’à mon ventre ?
Le corps a ses raisons…
Je savoure le fil érotique et provocateur de ma pensée que j’aime opposer avec tendresse à mon complice.
Dis-moi ce que tu veux, que je te l’offre. Ou plutôt que je prenne le temps de jouer avec, juste avant de te l’offrir…
Mes mains plongent dans la masse brune de mes cheveux qui glissent par mèches entre mes doigts qui serrent. Je les relève en un chignon flou qui tient par le jeu d’un nœud sur lui-même. Je dégage ma nuque que je lui offre en pâture. Un frisson parcourt le creux souple de l’arrière de mon cou avide de baisers, jusqu’à la naissance de ma chevelure relevée.
Ma nuque est dénudée, mes seins aussi.
Étendue quasi nue, le désir plein la peau, je goûte au plaisir lancinant d’offrir. Un plaisir enivrant et doux comme une musique, dont mon bassin commence à battre discrètement le rythme.
Je porte des notes délicates de noir sur ma peau claire et lisse entre mes cuisses. Du tulle sombre et transparent sur mes lèvres nues, bordé par des fronces de dentelles piquées sur du satin qui enlacent ma taille et mes hanches. Même dans la pénombre, on devine aisément l’ouverture indécente de l’étoffe par petits boutons de velours, que l’on peut faire ou défaire à sa guise du bas ventre jusqu’aux reins.
Mon homme, le sourire te va divinement bien. Et celui que fait la cambrure de mes reins ?
Toujours face à lui, je passe toute entière sur le ventre avant de prendre appui sur mes genoux, puis mes mains. Son regard est sur mes fesses. Mes reins se creusent au point que l’on croirait ma croupe relevée tendue par un fil. Maintenant que je lui tends mon cul, il est tout à fait possible de satisfaire une interrogation : aurais-je négligé la fermeture de petits boutons à l’arrière ?
Je continue de battre instinctivement la mesure de la même danse amoureuse qui pétrit mes sens. Elle guide maintenant une de mes mains qui agrippe l’un, puis l’autre côté de mon dessous qui glisse sur la cambrure de mes fesses, jusqu’à mi-cuisses. Vilaine que je suis…
Maintenant que je suis un peu plus proche de lui, les notes ambrées de son parfum gagnent mes sens. Et s’il goûtait à la chaleur du mien ?
Et si le tissu glissait encore, passait sous l’un, puis l’autre de mes genoux jusqu’à me quitter ?… Pour aller où ?… Dans ses mains. « Tiens, cadeau ! » Pourrais-je lui lancer en même temps que ma dentelle, lorsque je me tourne vers lui. Des notes alcalines qu’il enveloppe dans le creux de ses mains et porte à son nez, à sa bouche… Il me sent. Un feu troublant gagne mes pommettes :
— Est-ce que tu aimes ?
Même dans la pénombre, je reconnais son sourire au mince filet d’air que laisse échapper la saccade de son souffle, lorsqu’il se met à pouffer sensiblement.
Le cuir du fauteuil craque et c’est en basculant complètement sur le dos que je perçois tout le charme de mon complice.
Nue comme un vers et lui toujours vêtu, mon sous-vêtement entre les mains, je me sens toute crue.
Pour faire l’amour, ce sera d’abord à moi, puis à nous.
Cette fois-ci c’est bien depuis mes cheveux que je dénoue, que mes mains gagnent mon ventre. Avec son regard et du bout de mes doigts, je dessine l’onde de mes creux. Je passe près de mon nombril qui frémit, parcourt mes lignes, gagne les courbes de mes hanches que j’enveloppe de mes paumes.
J’ai dit que j’aimais offrir…
Je replie une première jambe, puis l’autre que je resserre avant de les relever. Les pointes de mes orteils cherchent conjointement le ciel. Une seule et même ligne voluptueuse fend la longueur de mes jambes jusqu’à mes lèvres. L’un de mes pieds dessine dans l’air un arc de cercle, puis se dépose à plat sur la couverture. Une de mes jambes s’ouvre largement, puis l’autre, exécutant le même ballet.
Mes lèvres encore closes sont offertes à ses caprices. Je glisse entre mes cuisses :
— Tu veux ?
Il reconnaît la cassure familière dans le son de ma voix lorsque, sans attendre, j’entre en moi par deux.
Le cuir du fauteuil crisse, je feule, excédée de plaisir.
La raideur que je devine aisément entre ses cuisses, la persistance de son regard, son odeur, tout me pénètre.
Mon homme que j’ai envie de combler d’amour et de plaisir, si on exauçait nos vœux ?
Je me goûte d’abord puis mes lèvres arrivent jusqu’aux siennes. Debout, penchée vers lui, un premier baiser très sage. Je gémis lorsque je sens la chaleur de sa langue caresser la mienne. Il me lèche la bouche, étreint ma nuque, me tient.
Je m’assieds sur lui, un genou de part et d’autre de ses hanches. J'ondule sur son sexe qu'il tient d'une main, épouse en seconde noce l’empreinte qui s’enfonce dans le cuir : celle de deux êtres qui s’aiment puis s’envolent d’un même corps.
Ajouter un commentaire
Commentaires